Dans la ruelle sauvage du Manitoba.

Dans la ruelle sauvage du Manitoba.

Amélanche, raifort sauvage, baie de sureau, livèche et alliaire – Autant de mots que de goûts nouveaux au restaurant Manitoba, une cuisine autochtone qui met en vedette les produits sauvages dont certains sont cueillis à Montréal même.

« J’ai soif! » lançai-je avec enthousiasme à l’attention d’Alex, le bartender/mixologue des lieux (un ancien du Bar sans nom). Se pose alors devant moi le cocktail 1753 fait de vodka polonaise à l’herbe de bison Żubrówka, en l’occurrence ma all time favorite, du jus d’amélanche (une baie acide cousine du bleuet), du jus de citron, un rim en sel et du lichen trempé dans le chocolat pour décorer le verre.

Je goûte également à celui aux baies de sureau, intitulé Gin & Jam et composé de gin (évidemment), citron, sirop simple, St-Germain et confiture de sureau.

Au fur et à mesure que ces doux breuvages parcourent ma gorge, mes yeux découvrent la magnificence des lieux: le faux plafond en bois de bouleau laisse passer la lumière orangée, la grande porte de garage s’ouvre sur une jolie cour intérieure à l’arrière des lieux, et les murs et les plafonds peints de noir donnent une impression de vertige et d’infinité dans la salle à manger; Quelle atmosphère!

Pour casser la croûte et accompagner les drinks, on se met quelques croquettes de sagamité sous la dent, qu’on trempera avec appétit dans une mayo au carcajou. Carcajou, c’est le surnom affectueux du raifort sauvage en fait, la plante favorite d’Elisabeth Cardin, celle qui a rêvé le Manitoba. Et le sagamité, par définition, est une bouillie de maïs d’origine autochtone. Les petites boules légèrement frites sont réconfortantes et moelleuses, et rappellent plutôt la texture de la polenta à celle de la bouillie. Leur petit côté limé n’est pas désagréable non plus!

Croquettes

Croquettes

Bière Manitoba

Bière Manitoba

Crédit Photos : Marc-Olivier Lebrun

On poursuit les entrées avec le plat d’esturgeon fumé, une généreuse portion de 3 grosses tranches pour 6 modiques dollars, servies avec une rémoulade classique et carottes marinées. J’adore ce poisson à la texture un peu coriace qui rappelle le steak, et je pense bien que cette assiette est ma favorite de la soirée.

Pour poursuivre en fraîcheur, la salade des bois s’avère un choix judicieux, avec truite salée, têtes de violons, asperges effilées, oignon rouge, menthe et autres herbes, et crème. J’aime le mélange des saveurs, mais la vinaigrette est à retravailler.

Notre expérience sauvage continue cette fois-ci avec les assiettes de la section « Plusse grosse faim » (!) de l’ardoise. Je sélectionne la cuisse de canard confite, qui malgré sa peau non-croustillante, est l’une des meilleures que j’ai mangé depuis longtemps. L’animal est accompagné par une salade similaire à celle des bois mangée en entrée mélangée avec la rémoulade de l’assiette d’esturgeon, et du gingembre sauvage que je peine à distinguer.

J’essaie également la bavette de wapiti, très tendre et juteuse. Elle est napée d’un chimichurri fait de livèche et alliaire (aussi connue sous le nom d’herbe à ail), qui manque cruellement de sel – on rétablit nous-mêmes la situation avec quelques pincées de fleur de sel. J’apprécie les topinambours, les champignons maïtake et l’oeuf miroir qui décorent l’assiette.

On conclut notre visite du Manitoba par le flan au flanc, un sympathique jeu de mots désignant un flan au caramel avec des chips de flanc de cochon sur le dessus – Délicieux, j’adore le duel des saveurs et des textures.

Mon impression générale du Manitoba est plus que positive, principalement de par l’énergie contagieuse qui se dégage des lieux et des gens qui s’y dévouent corps et âme, et par la découverte et l’apprentissage des aliments sauvages du Québec. Mon bémol revient au manque de diversité au niveau des accompagnements, un peu trop de répétition à mon goût.

Élisabeth Cardin; cueilleuse-chasseuse-pêcheuse-rêveuse

Élisabeth Cardin

Élisabeth Cardin

Née à St-Benoit-de-Mirabel mais grandie à Ste-Eustache, la jeune femme de 30 ans apprécie le whisky dans son café, Game of Thrones et la chasse à l’oie. Bien qu’elle n’aime pas se maquiller, elle ne sort jamais sans son rouge à lèvre rouge (sauf lorsqu’elle chasse l’oie). Calme et drôle, je dirais aussi qu’Élisabeth est magique, mystérieuse, captivante, colorée et rêveuse.

Elle a trouvé le local par hasard, avec d’abord l’idée d’y ouvrir une shop de bois. C’est lorsqu’elle a su que l’endroit possédait un permis de restauration qu’elle a rêvé au Manitoba tel qu’on le connait aujourd’hui, malgré son absence totale d’expérience dans le domaine. Et voilà, le bail fût signé sur un coup de tête et surtout, un coup de coeur!

Sa rencontre avec son partenaire d’affaires Simon Cantin (un ancien du HELM microbrasserie et co-propriétaire de La Firme) est également le fruit du hasard, ce-dernier a été charmé par l’idée et a accepté d’embarquer dans le projet fou d’Élisabeth. C’est à lui qu’on doit le design et l’architecture du Manitoba, beau travail.

Ce sont ses études en horticulture, herboristerie et écologie qui expliquent l’intérêt d’Élisabeth pour les produits sauvages et la cuisine autochtone. Ce n’est pas elle qui aux fourneaux, elle est plutôt l’éducatrice et l’inspiration derrière le travail du chef Christopher Parasiak (anciennement à l’hôtel Nelligan).

La légende raconte que Manitoba signifie « Le passage du grand esprit« , et je crois bien que c’est exactement ce qui se passe dans ce restaurant caché de Parc-Extension!

MANITOBA – 271 St-Zotique O. MTL

Une réflexion sur “Dans la ruelle sauvage du Manitoba.

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